Beeckman | Supplement

Parhelia , explicatio , Gassendi


Parhelia 1629

C. de Waard, Journal tenu par Isaac Beeckman de 1604 à 1634

Tome IV: Supplément


[ 149, 150 ] [ Vertaling ]    
    La figure suivante se trouve au fol. 345verso du Journal, étant suivi, au fol. 346recto et verso de son Explication. Les deux documents sont dressés par le copiste avec la main gothique. Comme il résulte du texte qui suit [<], Beeckman reçut le document à l'occasion de la visite de Gassend qui avait reçu un bon nombre de copies de son mécène Peiresc à Aix en Provence*) et en distribuait des exemplaires dans son voyage dans les Pays-Bas septentrionaux et meridionaux°). Sur ce voyage cf. ci-après pp. 152-4.



PARHELIA SIVE SOLES IV APPARENTES CIRCA SOLEM VERUM,

Romae observati Anno 1629 die 20 Martij ab hora astronomica
pomeridiana 2a ad 3am, seu Italica 20a ad 21am et paulo plus.

parhelia
Les lettres B en H manquent.

EXPLICATIO FIGURAE.

A   Observator Romanus.
B   Vertex loco observatoris incumbens.
C   Sol verus observatus.
AB planum verticale in quo et oculus observatoris et Sol observatus existunt, in quo et vertex loci B jacet, ideoque omnia per lineam verticalem AB repraesentantur. In hanc enim totum planum verticale procumbit.

    Circa Solem C apparuere duae incompletae Irides, eidem homocentricae, diversicolores, quarum minor sive interior DEF plenior et perfectior fuit, curta tamen sive aperta a D ad F et in perpetuo conatu sese claudendi stabat et quandoque claudebat, sed mox denuo aperiebat. Altera, sed debilis semper, et vix conspicabilis, fuit GHI, exterior et secundaria, variegata tamen et ipsa suis coloribus, sed admodum instabilis.

    Tertia, et unicolor, eaque valde magna Iris, fuit KLMN, tota alba, quales saepe visuntur in Paraselenis circa Lunam. Haec fuit arcus excentricus, integer ab initio, per Solis medium incedens, circa finem tamen ab M versus N debilis et lacer, imo quasi nullus.

    Caeterum in communibus circuli hujus intersectionibus cum Iride exteriore GHI, emerserunt dua Parhelia, non usque adeo perfecta, N et K, quorum hoc debilius, illud autem fortius et luculentius splendescebat.

[ 151 ]
Amborum medius nitor aemulabatur solarem, sed latera coloribus Iridis pingebantur, neque rotundi ac praecisi, sed inaequales et lacunosi, ipsorum ambitus cernebantur. N, inquietum spectrum, ejaculabatur caudam spissam subigneam NOP cum jugi reciprocatione. L et M fuere trans zenith B, prioribus minus vivaces, sed rotundiores et albi, instar circuli sui cui inhaerebant, lac seu argentum purum exprimentes, quamquam M media tertia jam prope disparuerat; nec nisi exigua sui vestigia subinde praebuit, quippe et circulus ex illa parte defecerat. Sol N defecit ante Solem K, illoque deficiente roborabatur K qui omnium ultimus disparuit.

    Situm respectu plagarum mundi indicant lineae QR, ST, quarum QR aequatoris, ST meridiani cum horisonte sectionem denotat.

    Sol verus, hujus phaenomeni tempore, incessit per circulos verticales qui respectu observatoris montorium, at respectu aliorum Basilicam Sti Petri et alia loca versus castrum Sti Angeli transeunt.

    Duratio hujus apparentiae fuit, meo quidem judicio, duarum minimum horarum, nam hora 20a seu 2a astronomica, aliqui in Collegio Romano viderunt apparentes Soles quatuor eosque satis vegetos, atque coruscos juxta Solem verum. Sed ex Tusculi in vinea perpurganda occupati, quatuor a se praeter verum conspectos esse Soles valde vegetos perscribunt, quod fieri non potuit nisi circa horam 2am aut ante; nam post 2am Sol M obliterari coepit, nec nisi ab hujus rei perito animadverti potuit. Ita facile mihi persuadeo hanc apparitionem duas minimum horas tenuisse et sub meridiem, vel non diu post, incaepisse, nam quando ego post horam 2am huc perveni, videbatur ad dissolutionem inclinari. In Collegio Anglicano, uti postea comperi, ex ipsismet inspectoribus nostris circa horam 19am jam omnes Soles perfectos et fulgidos aspexerant.

    Notandum insuper est circulum album KLMN ultra zenith seu verticem transivisse, prout punctum B denotat.

    Tandem totam phaenomenon in nubes candidas resolutum et abstersum est circa vel paulo post horam 3iam. Sol autem verus serenus iterum alluxit cum durante apparentia subobscurus, et hebes quidem, visui tamen intolerabilis affulsisset.


Sol tibi signa dabit. Solem quis dicere falsum
Audeat? ille etiam caecos instare tumultus
Saepe monet, fraudemque, et operta tumescere bella.

VIRG., I Georg.

O     A     M     D     G

    Vergilius, Georgica
 I , vs. 463-5
[ Omnia Ad Maiorem Dei Gloriam ]

    *)  Peiresc lui-même avait reçu le document de la part du P. Scheiner qui avait observé le phénomène à Frascati près de Rome et il en donna plusieurs copies à Gassend pour les distribuer pendant son voyage.   «

    °)  Gassend ayant donné à Amsterdam une copie aussi à Reneri et lui ayant envoyé ensuite sa propre explication, Reneri [<] publia le tout comme 'Phaenomenon rarum et illustre Romae observatum 20 Martij Anno 1629', etc. (Amstelodami, apud Hesselium Gerardi [1629] in 4o).
[Lettres de Peiresc, IV, 241, Gassendi (21 juillet 1630): "cest imprimé fust fagotté de la plus Batavoise façon qu'on sçauroit imaginer".]
Descartes ayant reçu déjà en juillet 1629 une copie manuscrite de Reneri, donna son explication dans la partie des Météores de son Discours (1637), pp. 288-294. Pour l'explication de Chr. Huygens, cf. ses Oeuvres, t. XVII (1932), pp. 381 svv.
[ La figure est aussi representée dans: Aldrovandi, Monstrorum historia (1642), 740 (Im. 747).]   «

    [ Cf. Ferd. Sassen, De reis van Pierre Gassendi in de Nederlanden (KNAW 23-10, Amsterdam 1960), 33n:

Parhelia, sive soles quatuor qui circa verum apparuerunt Romae die XX mensis martis, anno 1629, et de eisdem Petri Gassendi ad Henricum Renerium epistola (Parisiis, 1630; Hagae Comitis 1656); Petri Gassendi Opera (Lugduni 1658), III, 651-662.]

    [ Cf. Scheiners Beobachtung. Parhelic circle (apod): photo. Moon halo: photo.]



[ 152 ] [ v ]    
Pierre Gassend, à Bruxelles, à Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, à Aix 1.
21 juillet 1629.


    Cette lettre se trouvait autrefois à Paris, Bibl. nat., f. fr. 9536, d'où elle disparut vers 1850. Entrée dans la collection Morrison à Londres, elle fut publiée dans les Lettres de Peiresc, ed. Tamizey de Larroque, t. IV (1893), pp. 198-202, dont nous empruntons le texte suivant 2.



    Je m'embarquay à Calais 3 pour la Hollande peu d'heures après que Mr De Chasteauneuf 4 fust party pour Angleterre, qui fust le deuxiesme de ce mois.

    Arrivé à La Haye, Mr De Baugy, ambassadeur 5, m'y feit beaucoup de caresses .... Je pris congé de luy, fus à Leyden deux ou trois jours et y vey particulierement Mr Heinsius 6 qui me donna un exemplaire de son Laus asini augmenté 7. J'y vey aussi le bon Mr Vossius 8, qui me feit bonne chere, comme feit aussi Mr Rivet. Il seroit trop long de vous dire la peine que ces messieurs, et encores les Sieurs Heurnius 9 et Vorstius 10 medecins, prirent de me faire voir les eglises et tombeaux, le theatre anatomique, où il y a de tres rares choses, le jardin, etc.

    A Amsterdam 11 le Sieur Nicolaus à Wassenaer medecin qui a correspondance par tout le monde et les plus grandes raretez qu'on luy apporte de tous les endroits .... C'est luy l'autheur de ces Histoires belgiques qui s'impriment tous les six mois 12. Quand je luy eus fait voir les parhelies [<] que vous m'aviez envoyez, il en feit faire une copie pour l'inserer dans son Histoire du semestre passé; il ne le pourra point faire sans que faisant mention de moy; il le face aussi de vous 13. Le sieur Gheritsen 14 qui le doit tailler, voulust que je luy tracasse un petit discours de ce phenomene, pour l'adjouster à la description envoyee de Rome;

[ 153 ]
je ne luy peu barbouiller que la mesme chose que je me souvenois de vous avoir escrite 1. Je compris qu'il la vouloit aussi imprimer en fueille volante. Le Sieur H. Hondius 2 me feit veir les livres où sont des chartes de la France 3 et le Sieur Janssonius 4 me dit que dans peu de mois nous aurions une nouvelle spere de Copernic, en laquelle, par dessus celle que vous avez 5, il y auroit l'horizon et plusieurs autres choses 6.

    A Utrecht, comme à Rotterdam, je ne trouvay point des gens de lettres de grande reputation. Ayant passé par Middelbourg en Zelande 7, je ne me souvins jamais que ce fust là la demeure du Sieur Lansbergius 8; ainsi à mon grand regret, je ne l'ay point veu.

    A Dordrecht j'avoy desja veu 9, et vey despuis encore à mon retour de l'armee 10, le Sieur Baeckman, le meilleur philosophe que j'aye encore rencontré 11. A Gorckoom il y a un Maronite 12 qui a des opinions admirables touchant la disposition du Monde.

    En l'armee Mr De Fresne Canaye 13, pour me faire cognoistre le Sieur Albert Girard 14 (celluy qui a fait r'imprimer le Marolois 15), ingenieur maintenant au camp, luy donna à soupper en ma compagnie. Au reste tous ces gens là sont pour le mouvement de la Terre.

    Je fus au camp (vous entendez bien que c'est devant Bois le Duc 16) tout Dimenche et Lundy derniers et en partis le mardy sur les neuf heures. J'eus le loisir et le moyen d'y voir toutes choses ....


[ 152 n ]   [v]

  1. Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, né à Belgentier le 1er décembre 1580, conseiller au Parlement d'Aix, fut l'un des plus célèbres savants de la première moitié du XVIIe siècle. Grâce à une fortune assez considérable, il pouvait se procurer une riche collection de manuscrits, de médailles et de curiosités qu'il faisait recueillir dans les pays les plus éloignés et qu'il mit à la disposition des savants. Gassend était un de ses intimes. Peiresc mourut à Aix le 24 juin 1637.
  2. La collection Morrison fut dispersée de décembre 1917 à mai 1919.
  3. Après avoir parcouru déjà les Pays-Bas méridionaux.
  4. Charles des l'Aubespine, ambassadeur de la France en Angleterre en 1629 et 1630.
  5. Nicolas de Baugy, sieur de Fay, ambassadeur de la France de 1628 à 1634.
  6. Daniël Heinsius. Cf. sur lui t. II, p 208 et ci-avant p. 76   [ -, né à Gand en 1581; il était depuis 1603 professeur à l'université de Leyde, dont il fut un des principaux ornements. Il mourut en 1655].
  7. Laus asini tertia parte auctior. Cum alijs festivis opusculis (Lugd. Bat. ex officina Elseviriana, Anno 1629).
  8. Gerard Johannis Vossius. Sur lui cf. ci-avant pp. 74 et 76   [ -, né à Heidelberg en 1577, d'abord recteur de l'école latine à Dordrecht, de 1615 à 1619 régent du Collège théologique à Leyde, fut depuis 1622 professeur d'éloquence et depuis 1625 professeur de grec dans l'Université. Il était un savant de grande réputation. ... ]
  9. Otto Heurnius, né en 1577, professeur en médecine depuis 1611.
  10. Adolphe Vorstius, né à Delft en 1597, docteur de Padoue, professeur de médecine à Leyde depuis 1624 et aussi de botanique depuis 1625.
  11. Gassend arriva dans cette ville vers le 8 juillet et en partit le 10 de ce mois. C'était lors de ce départ qu'il écrivit, le 10 juillet à Van Helmont à Bruxelles: "Si cum Dordraci fuero, repetam Caletum" (Gassendi Opera, t. VI (1658), p. 24a).
  12. Le Historisch verhael, déjà mentionné t. II, pp. 199 et 361 et dont parurent vingt-et-un volumes de 1622 à 1635.
  13. Cependant, elle ne se trouve pas dans le recueil cité. Wassenaer la céda probablement à Reneri [<], et au libraire cité dans la note suivante.
  14. Sans doute Hessel Gerritsz (± 1581 - 1632), célèbre graveur, cartographe et libraire, demeurant 'Op 't Water in de Pascaert'. Il publia l'opuscule de Gassend sur les parhélies [<].
[ 153 n ]
  1. Dans une lettre inédite du juin 1629 (Carpentras, Bibl. d' Inguimbert, ms 1832, fol. 15 svv. ou Paris, Bibl. nat. f. Dupuy, ms 669, fol. 177 svv).
  2. Hendrick de Hondt, né en 1597, libraire et éditeur, surtout de cartes maritimes, sur le 'Dam'.
  3. Sans doute une des nombreuses éditions de l'Atlas de Mercator, récemment édité, en 1627 avec texte latin, et, en 1628, avec texte latin et français.
  4. Willem Jansz (d'où Janssonius), ou Willem Jansz. Blaeu (en latin Caesius). Sur lui cf. t. II, p. 199.
  5. Sauf correction, je crois que Gassend pense à l'imitation que Peiresc avait fait faire, en 1624, du perpetuum mobile de Drebbel (cf. t. II, p. 202).
  6. Lansbergen pose la publication des sphères célestes héliocentriques de Blaeu à l'année 1628 (Bedenckingen op den dagelyckschen ende jaerlyckschen loop van den Aaerdkloot, Middelb. 1629; cf. la traduction: Commentat., Middelb. 1630, pp. 1, 15 et 51). De même Vossius, de Scientiis math., Amstelod. 1650, pp. 199-200.
  7. Au début de son voyage, venant de Calais.
  8. Sur Philippe Lansbergen, cf. t. I, p. 106; t. III, p. 225 (n) et ci-avant p. 134 [Hortensius, Commentat., Praefatio: "cum ope doctissimi D. Isaaci Beeckmanni, scholae Dordracenae moderatoris, in notitiam et familiaritatem venissem Reverendi viri D. Philippi Lansbergij"].
  9. Probablement en passant de Rotterdam à Bois-le-Duc, le 14 juillet 1629 [Sassen, o.c., 39: plus tôt].
  10. Le mardi 17 juillet.
  11. A Dordrecht Gassend voyait d'ailleurs le médecin Jean van Beverwyck (cf. ci-après p. 228 [Beverwyck à Colvius, 4 nov. 1634 "antistes Sapientiae P. Gassendus, quem in hac urbe vidimus"]).
  12. Apparemment Balthasar van der Veen. Cf. sur lui t. II, p. 388.
  13. Parent sans doute de Philippe Canaye (1551 - 1610), auteur des Lettres et ambassades (Paris, 1645).
  14. Albert Girard, né à Saint-Mihiel en Lorraine en 1595, ingénieur militaire dès environ 1626. En 1629 parut son Invention nouvelle en Algèbre. Il mourut à La Haye en décembre 1632; sa veuve publia sa traduction française des oeuvres de Stevin.
  15. Oeuvres mathematiques, traictans de geometrie, perspective, architecture et fortification. De nouveau revue et augmenté par Albert Girard, Amsterdam 1628  [Ned.: vol 1 en vol. 2].
  16. Le siège de Bois-le-Duc (mai - 17 septembre 1629) par Frédéric-Henri, piqua vivement la curiosité des contemporains.
[ Cf. Ferd. Sassen, De reis van Pierre Gassendi in de Nederlanden (KNAW 23-10, Amsterdam 1960).]


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