Beeckman | < Supplement | Vertaling

Inleiding , D-M okt. 1629 , D-B okt. 30 , D-M nov. 30 , sept. 31 B-M , aug. 34 D-B


Beeckman en Descartes, 1629-34

C. de Waard, Journal tenu par Isaac Beeckman de 1604 à 1634

Tome IV: Supplément



Inleiding

    [ Descartes bezocht in oktober 1628 Beeckman weer, na bijna 10 jaar (cf. stukken uit 1618-9), en sprak met hem over zijn nieuwe vindingen in de algebra en de meetkunde. Beeckman schrijft dat ze samen gaan voltooien wat nog te doen is in de wetenschappen:
opdat we met vereende krachten dat wat in de wetenschappen overblijft, voltooien. Want nadat hij Frankrijk, Duitsland en Italië doorkruist heeft, zegt hij geen ander gevonden te hebben, met wie hij kan redeneren volgens zijn eigen gedachte en van wie hij steun kan verwachten bij zijn studiën, dan met mij.
Maar toen Beeckman in 1629 aan Mersenne schreef (<) over zijn eerdere samenwerking met Descartes, en deze dit vernam, was er een probleem: Descartes wilde niet gezien worden als leerling van Beeckman. Gelukkig kwam er een oplossing, kennelijk door bemiddeling van Mersenne; twee jaar later konden ze weer samen eten (>).]



[ 163 ]
René Descartes, à (Amsterdam), au P. Marin Mersenne, à Paris
8 octobre 1629

    ....
    Vous m'avez extremement obligé de m'advertir de l'ingratitude de mon amy*). C'est, je croy, l'honneur que vous luy avez fait de luy escrire [<], qui l'a eblouy et il a cru que vous auriez encore meilleure opinion de luy, s'il vous ecrivoit qu'il a esté mon maistre il y a dix ans°). Mais il se trompe fort, car quelle gloire y a-t-il d'avoir instruit un homme qui ne sçait que tres peu de chose et qui le confesse librement comme je fais? Je ne luy en manderay rien, puisque vous ne le voulez pas, encore que j'eusse bien de quoy luy faire honte, principalement si j'avois sa lettre toute entiere ....
    *)  Isaac Beeckman. (Mersenne semble avoir envoyé sa précédente lettre à Descartes vers le 14 septembre 1629.)
    °)  C'est le tour que Descartes donne aux termes qu'avait employés Beeckman au début de sa lettre du milieu de mars: "is est, cui ante decem annos ea quae de causis dulcedinis consonantiarum scripseram, communicavi" [<].
Vers cette époque Beeckman et Descartes avaient cessé d'échanger des lettres et le dernier retira de son ancien ami l'original du Compendium Musicae qu'il lui avait donné le 1er janvier 1619 [<].



[ 171 ]
Clerselier Lettres de Mr. Decartes (Paris 1657/9)

René Descartes, à Amsterdam, au P. Marin Mersenne, à Paris
18 décembre 1629

    [...]
    [...]   Et pour revenir au Sr Beecman, encore que ce qu'il vous a mandé soit fauls, à sçavoir qu'il y ait un lieu auquel un poids qui descend estant parvenu, poursuit par apprès tousjours d'esgale vitesse, toutefois il est vray qu'apprès certain espace cete vitesse s'augmente de si peu qu'elle peut estre jugee insensible. Et je m'en vois vous expliquer ce qu'il veult dire, car nous en avons autrefois parlé ensemble [<].
    [...]
[ 173 ]
    Ac proinde mathematice demonstratur illud quod Becmannus scripserat, esse falsum*). Et si vous luy escrivés, je ne seray pas marry que vous lui mandiés, affin qu'il apprene à ne se glorifier pas mal à propos des plumes d'autruy.
    [...]
[ 175 ]
    [...]   J'ay retiré depuis un mois l'original du petit traité où je l'explique, duquel vous avés vu un extrait [<]; il a demeuré unze ans entre les mains du Sr Becman, et si ce tans là suffist pour la prescription, il a droite de se l'attribuer.
    [...]
    *)  Mersenne inséra la réfutation de Descartes dans son grand ouvrage [...] Harmonie universelle, I (1636), Livre III, Prop. 19 [p. 206]. Quant à cette réfutation par Descartes, à ce moment mal disposé à l'égard de son ancien ami, elle n'était apparemment qu'une chicanerie. Aussi, après sa reconciliation avec Beeckman, il semble avoir oublié entièrement ses objections [...].



[ 177 ]
René Descartes, à (Amsterdam), au P. Marin Mersenne, à Paris
(mi-janvier 1630)

    [...]
    De dire que la mesme partie d'air, in individuo, qui sort de la bouche de celuy qui parle, va fraper toutes les oreilles, cela est ridicule.*)
    ....
    Pour le latin+) que vous me demandez en vostre seconde lettre, s'il vient de moy, il n'est asseurement point de mon stile, et mesme je ne l'entens pas. Pour du reste je m'en tais, car j'ay honte de parler de moy-mesme. Mais je vous jure que du temps que ce personnage se vante d'avoir écrit de si belles choses sur la Musique, il n'en sçavoit que ce qu'il avoit appris dans Faber Stapulensis°) et tenoit pour un grand secret de sçavoir que la quinte estoit comme de 2 à 3 et la quarte de 4 à 5 et n'avoit jamais passé plus outre [<], et trouvoit cela si beau, qu'encore qu'il fust tout à fait hors de propos, il l'avoit inseré en des Theses [<] de Medecine qu'il avoit soutenues peu de temps auparavant. Ce que je n'aurois daigné écrire, sinon afin que vous sachiez que ce n'est pas sans raison que je blâme son peu de reconnoissance, laquelle j'ay decouvert en beaucoup d'autres choses qu'en ce que vous m'avez mandé; aussy n'ai-je plus de commerce avec luy.
    [...]

    *)  Ni dans ses notes [>], ni dans sa lettre du 1er octobre [<], Beeckman n'avait spécifié si c'était la même "partie d'air", sortie de la bouche de celui qui parlait, qui parvenait à l'oreille de l'auditeur, mais il prétendait que le phénomène se produisait numero, c'est à dire que la "quantité d'air" qui allait jusqu'à l'auditeur était égale à la quantité qui se trouvait dans la bouche de celui qui parlait. Il dit ceci expressément t. III, pp. 55-56. Cf. aussi plus loin pp. 183 et 185.
    +)  Allusion à la lettre de Beeckman du 1er octobre 1629 [<].
    °)  Renseignement trompeur qui est bien réfuté par de nombreuses notes dans notre t. I. L'ouvrage de Jacques Lefèvre d'Etaples n'est cité qu'une seule fois [<].



[ 179 ]
René Descartes, à (Amsterdam), au P. Marin Mersenne, à Paris
25 février 1630

    ....
    Vous m'estonnés de dire que mon Docteur ait donné ses Theses à Mr Gassendi [<]; je n'eusse pas cru qu'il les eust gardees si longtems, et c'est bien à dire qu'il n'a rien fait depuis qui soit meilleur ....



[ 192 ]
René Descartes, à Leyde, au P. Marin Mersenne, à Anvers ou à Liège
(seconde moitié d'août 1630)

    [...]
    Vous m'envoyez dans une seconde lettre les meditations du Sieur B(eecman) touchant les tremblemens des cordes [<], lesquelles je confesse, comme vous, ne m'estre point du tout intelligibles. Mais il est aisé à juger que l'obscurité de ses paroles ne cache rien que nous devions avoir regret de ne pas entendre. [...].



[ 194 ]
Renati Descartes Epistolae (Amstelodami 1668) II, 35

René Descartes, à Leyde ou à Amsterdam, à Isaac Beeckman, à Dordrecht.
septembre ou octobre 1630

        Vir clarissime,

    Cunctabar ad ea quae nuper scripseras respondere, quia nihil habebam, quod tibi valde gratum fore arbitrarer; jam vero quia me invitat conrector tuus*), libenter aperiam sensum meum, nam si verum amas et sincerus es, libertas orationis meae tibi gratior erit quam silentium fuisset.

    Musicam a te meam superiori anno repetij [<], non quod indigerem, sed quia mihi dictum erat te de illa loqui tanquam ex te didicissem [<]. Nolui tamen hoc ipsum statim ad te scribere ne viderer ex sola alterius relatione de amici fide nimis dubitasse. Nunc cum per alia multa°) mihi confirmatum sit, te inanem jactationem amicitiae et veritati praeferre, paucis monebo, si dicas te aliquid alium docuisse, quamvis verum diceres, tamen esse odiosum; cum vero falsum est, multo esse odiosius; si denique hoc ipsum ab illo didiceris, esse odiosissimum.

[ 195 ]
Sed te procul dubio Gallici styli fefellit urbanitas, cumque inter loquendum scribendumve tibi saepe testatus sim me multa ex te didicisse multumque adhuc adjumenti ex tuis observationibus expectare, mihi nullam injuriam facere putasti, si quod ipse prae me ferrem, tu quoque confirmares. Quod ad me attinet, ista parum curo; sed pro veteri amicitia te monitum volo, cum aliquid tale coram illis qui me norunt, gloriaris, hoc multum nocere famae tuae: neque enim his dictis adhibent fidem, sed potius irrident vanitatem. Nec est quod ex ijs quas a me habes literis, testimonia illis ostendas: sciunt enim me a formicis et vermibus etiam doceri consuevisse, nec alio pacto me a te aliquid didicisse putabunt. Si haec, ut debes, in bonam partem accipis, quod praeteritum est errorem vocabo, non culpam. Nec impediet quin ut ante sim

tuus etc.            


    *)  Abraham van Elderen, étudiant à l'Université de Leyde, où il tint sous Rivet une Disp. de Peccato originali [...] fut nommé co-recteur de l'école latine de Dordrecht en 1622. [...]
    °)  Des particularités rapportées sans doute par Mersenne, soit pendant sa visite à Descartes, soit dans ses lettres. Cf. aussi ce que Descartes dit au début de sa lettre suivante.




Isaac Beeckman, à Dordrecht, à René Descartes, à Leyde ou à Amsterdam.
(première moitié d'octobre 1630

    .... Cumque Mersennus tuus totas dies in libro meo manuscripto versaretur, atque in eo pleraque, quae tua esse existimabat, videret, et, ex tempore illis addito, de illorum authore merito dubitaret, id quod res erat, illi liberius fortassis quam tibi aut illi placuit, aperui ....
    Texte emprunté à la lettre du 4 novembre 1630 [>].




Epistolae (1668) II, 36

René Descartes, à Leyde ou Amsterdam, à Isaac Beeckman, à Dordrecht.
17 octobre 1630

        Vir clarissime,

    Multum aberras a vero et maligne judicas de religiosissimi viri humanitate, si quid mihi de te a P. Mersenno renunciatum fuisse suspiceris; sed ne plures alios cogar excusare, scire debes me non ex illo, nec ex ullo alio, sed ex tuis ipsis ad me literis, quae in te reprehendo, cognovisse. Nam cum nuper, postquam per annum integrum uterque siluissemus, scriberes ut, si studijs meis consulere vellem, ad te reverterer et me non tantum alibi quantum apud te posse proficere, et pleraque ejusmodi, quae familiariter et amice ad aliquem ex pueris tuis scribere videbaris, quid aliud mihi venire debuit in mentem quam te tales literas exarasse ut, priusquam ad me mitteres, eas alijs legendo, jactares me saepius a te doceri consuevisse? qua in re cum malitiosum artificium subesse videretur, reprehensione dignum judicavi.

[ 196 ]
Nam quod te tantus teneret stupor tantaque tui ipsius ignoratio, ut me revera crederes aliquid a te aliter quam ut soleo a rebus omnibus quae sunt in natura, quam ut soleo, inquam, a formicis ipsis et vermibus, vel unquam didicisse vel discere posse, plane suspicari non poteram. Nunquid meministi, cum ijs studijs incumberem, quorum te capacem non esse fatebaris aliaque a me audire cuperes, quae dudum ut exercitia juventutis dimisi, quanto fueris mihi impedimento? tantum aberat ut juvares, tantumque nunc abest ut gratias agas. Atqui manifeste cognosco ex literis tuis ultimis, te non ex malitia peccasse, sed ex morbo; quapropter deinceps miserebor potius quam objurgem, et propter veteram amicitiam, quibus te sanari posse putem remedijs, hic monebo.

    Cogita imprimis qualia sint quae aliquis alium potest docere, nempe linguae, historiae, experimenta, item demonstrationes certae et manifestae, quaequam intellectum convincunt, quales sunt Geometrarum, possunt doceri. Placita autem et opiniones, quales sunt Philosophorum, non docentur protinus ex eo quod dicantur. Unum dicit Plato, aliud Aristoteles, aliud Epicurus, Telesius, Campanella, Brunus, Basso, Vaninus, novatores omnes, quisque aliud dicunt. Quis ex illis docet, non dico me, sed quemcunque sapientiae studiosum? primus scilicet qui cum suis rationibus vel saltem auctoritate persuadet. Si quis vero nullius auctoritate nec rationibus adductus aliquid credit, quamvis hoc ipsum a plerisque audiverit, non tamen ab illis didicisse putandus est. Imo potest fieri ut sciat quia propter veras rationes ad credendum adducitur; alij autem, quamvis prius idem senserint, non tamen sciverint, quoniam ex falsis principijs deduxerunt.

    Quae si diligenter animadvertis, facile perspicies me nihil unquam ex tua illa quam somnias, Mathematico-physica magis quam Batrachomyomachia [^] didicisse; scilicet enim tua me movit auctoritas? aut tuae rationes persuaserunt? Ast nonnulla dixisti, quae statim atque intellexi, credidi et approbavi. Puta igitur quia statim credidi, me non didicisse ex te, sed cum jam ante idem sentirem, probavisse. Nec vero foveas tuum morbum ex hoc ipso quod fatear me interdum ea quae dixisti probavisse; tam raro enim contigit, ut nemo possit tam imperite de Philosophia disserere, quin aeque multa casu dicat, quae cum veritate consentiant.

[ 197 ]
Possunt vero plures idem scire quamvis nullus ab altero didicerit, et ridiculum est tam accurate, ut facis, in scientiarum, tanquam in agrorum vel pecuniae possessione, inter tuum alienumque distinguere. Si quid scis, omnino tuum est, quantumvis ab altero didiceris*). At quo jure, vel quo morbo potius, id ipsum si alij sciunt, illorum etiam esse non pateris? Non est amplius quod tui miserear; beatum te fecit morbus et non minores habes divitias quam ille alter, qui naves omnes ad portum suae civitatis appellentes, suas credebat°).

    Sed pace tua dixerim paulo nimis insolenter uteris ista fortuna. Vide enim quam injustus es: vis solus possidere prohibesque ne alij sibi arrogent, non modo ea quae sciunt et nunquam a te didicerunt, sed etiam ea ipsa quae tu fateris ab illis didicisse. Scribis enim Algebram, quam tibi dedi [<], meam amplius non esse; idem de Musica alias quoque scripsisti. Vis igitur, opinor, ut istae scientiae ex memoria mea deleantur quia jam sunt tuae; cur enim autographa peteres (cum exemplaria habeas apud te, ego vero nulla habeam), nisi ut eorum, quae in ijs continentur et quibus jam non incumbo, lapsu temporis possem oblivisci, tuque solus possideres? Sed procul dubio scripsisti ista per jocum: novi enim quam sis elegans et facetus. Non autem serio vis credi quidquam tuum esse, nisi cujus inventor primus extitisti. Apponis idcirco tempus in tuo manuscripto quo unumquodque cogitasti, ne quis forte sit tam impudens ut sibi velit arrogare, quod tota una nocte tardius quam tu somniarit. Qua tamen in re non judico te satis prudenter cavere tuis rebus: quid enim si de istius manuscripti fide dubitatur? nunquid tutius esset testes adhibere vel tabulis publicis confirmare? Sed profecto, ut verum loquar, istae divitiae, quae fures timent et tanta cum sollicitudine debent asservari, miserum te reddunt potius quam beatum; nec, si mihi credis, te pigebit illas amittere simul cum morbo.


    Considera, quaeso, apud te, utrum in tota vita quidquam inveneris, quod vera laude dignum sit.

    Tria genera inventorum tibi proponam.


    *)  Tandis que Beeckman mentionna ses sources minutieusement (cf. t. I. 112 et t. III, 67), Descartes lui-même ne nomma presque jamais les auteurs auxquels il emprunta quelque chose. Déjà Leibniz remarqua "que M. Descartes a usé d'artifices pour profiter des découvertes des autres, sans leur en vouloir redevable. Il traitait d'excellents hommes d'une manière injuste et indigne lorsqu'il lui faisoient ombrage, et il avoit une ambition démesurée pour s'ériger en chef de parti" (Journal des savants des 19 [cit. p. 382] et 26 août 1697).
    °) Aelien, Variae historiae, IV, xxv.
[ 198 ]
    Primo, si quid habes alicujus momenti, quod solius ingenij vi et rationis ductu poteris excogitare, fateor te laudandum; sed nego idcirco tibi fures esse metuendos. Aqua est aquae simillima, sed aliter semper sapit cum ex ipso fonte bibitur quam cum ex urna vel ex rivo. Quidquid ex loco in quo natum est, in alium transfertur, emendatur aliquando, corrumpitur saepius; at nunquam ita retinet omnes nativas notas, quin facile sit agnoscere fuisse aliunde translatum. Scribis te a me multa didicisse. Nego equidem; si quae enim scio, sunt perpauca, non multa; sed qualiacunque sunt, si potes, utere, tibi arroga, per me licet. Nullis tabulis inscripsi, tempus quo inventa sunt non apposui; neque tamen dubito, si quando velim ut homines sciant qualis sit fundulus ingenij mei, quin facile cognituri sint, istos ex eo fructus, et non ex illo alio, fuisse decerptos.

    Est aliud genus inventorum, quod non ab ingenio venit, sed a fortuna, quodque fateor custodiri oportere ut a furibus sit tutum; si quid enim casu repereris et alius a te casu audiat, pari jure quo tu possidebit, sibique non minus poterit arrogare. Sed nego veram laudam talibus inventis ullam deberi. Quia tamen est vulgi imperitia ut illos laudent in quibus aliqua eminent dona fortunae, Deamque istam non adeo caecam putent ut plane immeritis largiatur. Si quid forte tibi largita est quod paulo magis emineat, non nulla te laude dignum judicabo, sed quod paulo magis emineat: si quis enim mendicus, ex eo quod paucos aliquot nummos ostiatim quaerendo collegisset, magnum honorem sibi deberi crederet, ab omnibus rideretur. Vide autem, quaeso, diligenter evolve manuscriptum; enumera omnia, vel admodum fallor, vel nihil in eo tuum invenies, quod sit pretiosius ejus integumento.

    Tertium genus eorum est quae, cum nullius aut perexigui sint valoris, ab inventoribus tamen suis tanquam magnae res aestimantur; haec tantum abest ut aliqua laude digna sint, quin potius, quo pluris fiunt a possessoribus suis, quo diligentius asservantur, eo magis aliorum risui vel commiserationi illos exponunt. Propono tibi ob oculos aliquem caecum qui sic ex avaritia insaniret ut totos dies inter alienarum aedium purgamenta quaereret gemmas et quotiescunque glareola aliqua vel vitri fragmentum sub manus ejus incideret, protinus aestimaret esse lapidem valde pretiosum; cumque tandem talia multa invenisset capsulamque ijs replevisset, ditissimum se gloriaretur, capsulam ostentaret, alias contemneret. Nunquid prima fronte diceres laetum illi dementiae genus contigisse? Verum si postea videres eum capsulae incumbere, fures timere et misere angi, ne divitias istas, quibus uti non posset, amitteret, nunquid risu deposito commiseratione dignum judicares? Nolo equidem manuscriptum tuum capsulae isti comparare; sed vix quidquam in eo puto solidius esse posse quam sunt glareolae et vitri fragmenta.

[ 199 ]
    Videamus enim quanti ea sint momenti quae praecipue ostentas, nempe ictus chordarum et hyperbolam; plura enim non novi.

    Primo quod ictus istos attinet [<], si quid paulo altius quam primas litteras pueros tuos docuisses, invenisses apud Aristotelem illud ipsum (nempe sonum oriri ex repetitis chordarum aliorumve corporum aeri allisorum ictibus [An.II.8]) quod tuum appellas quodque me tibi cum elogio non adscripsisse conquereris. Fur est Aristoteles; voca in judicium; restituat tibi tuam cogitationem. Ego vero quid feci? De musica scribens, cum aliquid explicuissem quod ab accurata cognitione soni non pendebat, addidi istud eodem modo concipi posse, sive quis dicat sonum aures ferire multis ictibus, sive etc. An furatus sum illud quod mihi non assumpsi? An debui laudare quod verum esse non affirmavi? An tibi tribuere debui, quod omnes ludimagistri, praeter te, ab Aristotile didicerunt? Nunquid alij merito ignorantiam meam derisissent?

    At magnam laudem mereris ex hyperbola [<] quam me docuisti? Certe nisi condolerem tuo morbo, risum tenere non possem cum ne quidem intelligeres quid esset hyperbola, nisi forte tanquam Grammaticulus. Dixi quandam ejus proprietatem ad radios inflectendos, cujus mihi demonstratio memoria exciderat, atque ut fit interdum in rebus facillimis, ex tempore non occurrebat; sed ejus conversam in ellipsi tibi demonstravi explicuique nonnulla theoremata, ex quibus tam facile poterat deduci ut neminem qui tantillum attenderet, posset effugere. Quamobrem te hortatus sum ut in illa quaerenda ingenium exerceres; quod sane non fecissem, cum te in conicis plane nihil scire fatereris, nisi facillimam esse judicassem. Tu vero quaesivisti, invenisti, ostendisti mihi; laetatus sum dixique me illa usurum demonstratione si unquam de ista re essem scripturus. Dic mihi: sanusne es, cum ideo exprobras me non satis hororis et reverentiae tibi doctori meo exhibere?

[ 200 ]
Si uni ex pueris tuis, qui nullum adhuc carmen unquam fecisset, aliquod epigramma componendum dedisses eique sensum ejus ita dictasses ut uno tantum aut altero verbo transposito versus omnes constarent, nunquid laetareris ejus causa si feliciter ista verba transponeret? Nunquid forte etiam adderes, ut ipsum incitares ad poeticam, te non alijs versibus esse usurum, si quando de eadem re scribere velles epigramma? Quid vero si propter exiguam istam laudationem ita inflaretur, ut se magnum poetam esse putaret, nunquid rideres ut puerum? Quid tandem si te idcirco crederet sibi invidere, seque doctorem tuum appellans serio diceret: turpe est laudari etc. (non enim alium sensum sub isto etc. [ab illaudatis] latere posse intelligo), nunquid merito judicares illum non amplius ex sola simplicitate falli ut puerum, sed mentem habere aliquo modo turbatam? Scias autem saluberrimum remedium fore ad purgandam bilem, quae te vexat, si diligenter attendis, quam apte tibi conveniat istud exemplum.


    Sed quia conatus sum hactenus tollere causam tui morbi, deinceps dolorem lenire aggrediar.

    Doles praecipue quod a te interdum laudatus, non te quoque laudarim. Sed ut scias, non amice fecisti si me laudaveris. Nunquid multoties rogavi ne faceres, nec de me omnino loqueris? Nunquid mea omnis anteacta vita satis ostendit me revera fugere istas laudationes? Non quod sit mihi cornea fibra*), sed quia vitae tranquillitatem et honestum otium majus bonum esse puto quam famam, vixque mihi persuadeo ut sunt hominum mores, posse utrumque simul possideri. Sed aperte declarant tuae litterae qualem habueris laudandi meam causam: scibis enim te solere postquam me laudasti, mathematico-physicam tuam meis conjecturis praeferre idque amicis nostris significare. Quid, quaeso, hoc sibi vult, nisi a te idcirco me extolli ut majorem ex comparatione ista gloriam quaeras? nempe altius ponis subsellium, quod vis calcare ut tanto magis emineat vanitatis tuae thronus?

    Leniter tractabo tuum morbum, nec asperioribus remedijs utar; nam si ea qua possum et meritus es, te onerare vellem infamia, vereor ne te potius ad Lycambi laqueum°) quam ad sanitatem perducerem. Itaque contentus ero te monere, ut si laudem quaeras, facias laudanda, et quae vel inviti probare cogantur inimici; nunquam vero ex tuis de te ipso vel affectatis amicorum testimonijs illam expectes; nec te alios illa quae nondum scis, docuisse glorieres, nec te alijs anteponas.


    *)  Expression de Perse, Sat., I, vs 47.
    °)  Le Thébain Lycambe, ayant été maltraité dans une satire d'Archiloque, se pendit de désespoir. Cf. Horace, Epist. I, XIX, 25.
[ 201 ]
Pudet de me ipso afferre exemplum, sed quia tu te mihi tam saepe comparas, videtur necesse. Mene unquam audivisti gloriari quod quicquam alium docuissem? Mene unquam ulli, non dicam praetuli, sed contuli? Nam quod, ut conviciaris, me in quibusdam Angelo aequem, nondum puto tuam mentem eo usque abalienatam, ut credas; quia tamen agnosco permagnam esse posse vim morbi, quid tibi convicij istius occasionem dederit, explicabo. Mos est Philosophis ipsisque Theologis, quoties volunt ostendere repugnare rationi ut aliquid fiat, dicere illud ne quidem a Deo fieri posse; quem loquendi modum, pro captu ingenij mei, paulo nimis audacem videri, non inficior; eamque ob causam, ut modestius loquar, si quid simili mihi occurrat (potest autem saepius in Mathematicis quam in Philosophicis rebus occurrere), illud quod alij dicerent a Deo, ego tantum ab Angelo dico fieri non posse. Quod si me idcirco Angelo aequem, pari ratione se Deo aequare dicendi sunt sapientissimi orbis terrarum; sumque admodum infelix, si vanitatis suspicionem effugere non potui, in eo ipso in quo peculiarem modestiam affectabam.


    Caeterum multo plura possem scribere, sed nisi haec juvent, plura non juvarent; jamque puto me abunde amicitiae nostrae satisfecisse. Quippe serio debes putare me hanc epistolam non ex aliqua ira vel mala erga te voluntate, sed ex vera amicitia scripsisse. Nam primo cur tibi iratus essem? An quia te mihi praetulisti? Tanquam scilicet istud curem, ego qui me consuevi minimis quibusque postponere. Sed etsi curarem quam maxime, certe non vereor ne tu ipse te mihi, sed ne alij praeferrent; quinimo si quae inter nos ea de re contentio esse posset, gauderem hoc ipsum a te dici, quia tanto minus ab alijs crederetur. Quod vero non male erga te sim affectus, satis apparet ex eo quod illa ad te mittam, quae maxime utilia esse scio, nam profecto nihil utilius est quam errorem suorum libere admoneri. Et quamvis interdum moneamur etiam ab inimicis, modo tamen adhuc aliqua tibi remanserit scintilla bonae mentis, facile cognosces permagnum esse discrimen inter illorum admonitiones et meas. Illi conantur tantum ei displicere quem objurgant; ego te reprehensione modesta ad sanitatem reducere. Illi abstinerent a maledicto, si praeviderent illud ei, in quem loquuntur, profuturum; ego tibi haec profutura et spero et cupido, nec aliam ob causam laborem tam longae epistolae scribendae suscipio. Illi denique in alterius vitia sic invehuntur, ut non minus ab alijs quam ab illo ipso cupiant audiri; ego contra tibi soli tua retego et coram alijs hactenus, quantum in me fuit, dissimulavi, dissimulaboque semper in posterum, ut tanto facilior tibi reditus pateat ad sanitatem, modo tamen aliqua supersit ejus spes. Nam si perseveras in morbo, ne forte mihi vitio vertatur quod amicitiam aliquando contraxerim cum homine sic affecto, et parum judicij in deligendis amicis adhibeam, cogar te deserere meque apud omnes excusare, narrando quo pacto, non ex delectu, sed casu olim inciderim in tuam familiaritatem

[ 202 ]
cum in urbe militari, in qua versabar, te unum invenirem qui latine loqueretur. Dicam autem tum autem mihi non innotuisse tuum morbum, sive quia tantus non erat, sive quia, cum scirem unde natus esses et quomodo educatus, quicquid me praesente peccabas, rusticitati potius atque inscitiae quam tali morbo tribuebam*). Addam denique quo pacto, postquam illum cognovi, salutaribus remedijs a te depellere sim conatus. Atqui longe malim ut te sanari patiaris; quod si facis, neque me pudebit tibi esse amicum, neque hanc epistolam accepisse poenitebit°).

    Vale.

    17 Octobris 1630.


    *)  Cette rusticité fut attribuée souvent aux habitants des Pays-Bas en général, dont la culture fut supposée assez primitive et l'esprit peu fin et subtil, accompagné d'autre part d'une certaine candeur et franchise. "Meam itaque rotunditatem et sinceritatem accipies" — écrivit Van Helmont le 11 janvier 1631 à Mersenne — "tanquam a Germano et non Gallo".
Galilée qui avait reçu la visite de Louis Elsevier, se rappela, dans une lettre à Elia Dorati de 1636 "sua Ollandica schiettezza" (Le Opere, XVI, 511). La réputation de rusticité et de moindre étiquette fut attribuée surtout aux habitants des cotés de la mer, notamment aux Zélandais; à eux s'appliquait le dicton: "Goed Zeeuwsch, goed rond".

    °)  Rappelons ici la remarque que fit déjà Leibniz après avoir lu le récit de la querelle, telle qu'il était rapporté par Baillet [La vie ... I, 204-212], le biographe de Descartes: "Il me semble qu'on fait tort à M. Isaac Beckmann en le maltraitant sur le seul rapport des lettres de M. des Cartes ... M. des Cartes donnoit un étrange tour aux choses quand il estoit piqué contre quelcun" ([...] Die philosophischen Schriften von Gottfried Wilhelm Leibniz, ed. Gerhardt, t. IV (Berlin, 1880) p. 316).




Clerselier (1659)

René Descartes, à Leyde ou à Amsterdam, au P. Marin Mersenne, à Paris.
(entre le 21 octobre et le 4 novembre 1630)

    ....
    Pour M. (Beecman), je ne sçay s'il ne vous veut point un peu de mal à mon occasion .... Mais il m'a fait reprimande en celle que je vous ay mandé qu'il m'avoit ecrite, où entre autres choses il met ces mots:
Cumque Mersennus tuus tota dies in libro meo manuscripto versaretur, atque in eo pleraque quae tua esse existimabat, videret, et ex tempore illis addito de illorum authore merito dubitaret, id quod res erat, illi liberius fortassis quam tibi aut illi placuit, aperui.
Ce mot seul a esté cause que je luy ay fait reponse, car sans cela je n'en eusse pas pris la peine; et je l'ai commencé en ces termes:
Multum aberras a vero et maligne judicas de religiosissimi viri humanitate, si quid mihi de te a P. M. renuntiatum fuisse suspiceris. Sed ne plures alios cogar excusare, scire debes, me non ex illo, nec ex ullo alio, sed ex tuis ipsis ad me litteris, quae in te reprehendo, cognovisse, etc.
Ensuite je luy fais un long discours, où je ne parle d'autre chose que des impertinences qui sont dans les dernieres qu'il m'a ecrites, lesquelles je garde avec les secondes reponses que j'y ay faites; car si j'ecrivois jamais de la morale, et que je voulusse expliquer combien la sotte gloire d'un pedan est ridicule, je ne la sçaurois mieux representer qu'en y mettant ces quatre lettres*).
    [...]
    *)  Il faut constater que de ces quatre lettres que Descartes dit avoir gardées soigneusement, les deux lettres de Beeckman qui contenaient sa défense, se sont perdues.



[ 203 ]
René Descartes, à Leyde ou à Amsterdam, au P. Marin Mersenne, à Paris.
25 novembre 1630

    Je vous assure que tant s'en faut que j'aye témoigné au Sieur (Beecman) que vous m'eussiez parlé de luy, qu'au contraire j'ay tasché de luy en oster tout soupçon; car je ne luy mande point du tout qu'on m'ait rien dit de luy, sinon que je mets en ma premiere lettre [<]:
Musicam a te meam superiori anno repetij, non quod indigerem, sed quia mihi dictum erat te de illa loqui tanquam ex te didicissem. Nolui tamen hoc ipsum statim ad te scribere ne viderer ex sola alterius relatione de amici fide nimis dubitasse. Nunc cum per alia multa mihi confirmatum sit te inanem jactationem amicitiae et veritati praeferre, paucis monebo, si dicas te aliquid alium docuisse, quamvis verum diceres, tamen esse odiosus; cum vero falsum est, multo esse odiosius; si denique hoc ipsum ab illo didiceris, esse odiosissimum, etc.
Ce qu'il ne peut dire venir de vous, car je mets superiori anno, que vous n'estiez pas encore venu icy, et mihi dictum erat, et non pas scriptum, pource que j'adjouste cela m'avoir esté confirmé par le tesmoignage de plusieurs, etc. Afin qu'il ne vous le puisse attribuer, je mets en ma lettre suivante: Scire debes me non ex illo nec ex ullo alio, sed ex tuis ipsis ad me literis, quae in te reprehendo, cognovisse; comme en effet, dans les deux lettres qu'il m'a écrites, je croy qu'il y a assez de preuves de sa vanité, pour le faire declarer tel que je dis, devant des juges équitables. Je n'ay pas sçeu depuis de ses nouvelles, et ne pense pas luy ecrire jamais plus*).
    [...]
    *)  Pour les sentiments de Beeckman à propos de cette rupture, cf. III, 210. Cette rupture n'était cependant que temporaire, car les deux savants se reconcilièrent dans l'été ou peu après, de l'année suivante. Cf. ci-après 207 et 224.



[ 205 ]
Baillet, La vie de Mr Descartes (Paris 1691)

René Descartes, à Leyde ou à Amsterdam, au P. Marin Mersenne, à Paris.
(23 décembre 1630)

    ....
    Mais je vous supplie tres-humblement, une fois pour toutes, de vous assurer qu'il n'y a rien au monde capable de changer ny d'alterer le desir que j'ay de vous servir, et que je ne croy jamias au rapport de personne, en ce qui peut tourner au desavantage de mes amis, si ma propre experience, ou des demonstrations infaillibles, ne m'assurent de la mesme chose. Vous pouvez avoir remarqué comment je me suis gouverné envers le Sieur (Beecman), auquel je n'ay temoigné aucun refroidissement, jusque à ce que ses propres lettres m'en donassent juste occasion*), quoyque je fusse d'ailleurs tres-assuré de la vérité ....
    *)  V. cependant les lettres des 8 octobre et 18 décembre 1629 [<]. Après une année de silence, la première lettre de Beeckman à Descartes regardant cette question, serait de septembre 1630 [<].




René Descartes, à Amsterdam, à Etienne de Ville-Bressieu (en Danemark?)
(août ou septembre 1631)

    J'ay parcouru et examiné la plupart des choses qui sont contenues dans votre memoire*) pendant le cours du voyage que j'ay fait ces jours passez à Dort, d'où je suis revenu pour vous attendre à Amsterdam, où je suis arrivé en bonne santé. Vous me trouverez dans notre logis du Vieux Prince°), et là je vous dirai mon sentiment sur toutes choses ....
    Descartes avait fait avec son correspondant un voyage en Danemark, mais probablement arrêté par maladie à Embden, où il laissa son compagnon, il était retourné seul à Amsterdam, où il s'était trouvé déjà en avril et juin 1631.

    *)  Probablement sur la perspective.
    °)  Ce domicile était sans doute le même qu'indique Mersenne dans une lettre à Rivet du 20 novembre 1631 comme situé "près le Logis du Prince" ou de celui que Descartes mentionne comme "proche la Cour du Prince" dans une lettre du 22 juillet 1633. Il se trouvait donc près du "Prinsenhof" entre le Oudezijds-Voorburgwal et le Oudezijds-Achterburgwal.



[ 207 ]
Isaac Beeckman, à Dordrecht, au P. Marin Mersenne, à Paris
7 octobre 1631

    [...]
    D. des Cartes, cum quo ante aliquot dies Amstelrodami pransus sum, ex satis difficili morbi [<] convaluit. [...]



[ 224 ]
Clerselier (1659)

René Descartes, à Amsterdam, au P. Marin Mersenne, à Paris
14 août 1634

    ....
    Le sieur Beecman vint icy Samedy au soir [<] et me presta le livre de Galilee mais il l'a remporté à Dort ce matin, en sorte que je ne l'ay eu entre les mains que 30 heures. Je n'ay pas laissé de le feuilleter tout entier, et je trouve qu'il philosophe assés bien du mouvement, encore qu'il n'y ait que fort peu de choses qu'il en dit que je trouve entierement veritable; mais à ce que j'en ay pû remarquer, il manque plus en ce où il suit les opinions desia receues, qu'en ce où il s'en eloigne. Excepté toutefois en ce qu'il dit du flus et reflus, que je trouve qu'il tire un peu par les cheveux....



[ 225 ] [ v ]
Epistolae (1668) II, 92

René Descartes, à Amsterdam, à Isaac Beeckman, à Dordrecht
22 août 1634

    Gaudeo te adhuc meminisse controversiae nuper inter nos exortae. Sed quia video rationem, qua tunc utebar, nondum tibi satisfecisse, quid de tua responsione judicem libenter scribam, et prius quidem; ne de ipsa thesi dubitemus, brevem hic totius rei narrationem instituam.

    Dixi nuper, cum una essemus, lumen in instanti non quidem moveri, ut scribis, sed (quod pro eodem habes) a corpore luminoso ad oculum pervenire, addidique etiam hoc mihi esse tam certum, ut si falsitatis argui posset, nil me prorsus scire in Philosophia confiteri paratus sim. Tu contra lumen non nisi in tempore moveri posse affirmabas, addebasque te modum faciendi experimentum excogitasse [<], ex quo, uter nostrum falleretur, appareret. Atque hoc experimentum, uti nunc melius (aliquot supervacaneis, sono, malleo et similibus repurgatum) per literas exponis, est tale: si quis noctu facem in manu habens et illam movens, in speculum quarta parte miliaris a se distans respiciat, notare poterit utrum prius hunc motum in manu sit sensurus quam eundem per speculum sit visurus. Tantopere autem isti experimento confitebas, ut profitearis totam te tuam Philosophiam pro falsa habiturum, si nulla inter instans, quo motus iste per speculum videretur, et instans, quo manu sentiretur, mora sensibilis intercederet.

[ 226 ] [ v ]
Contra ego, si quae talis mora sensu perciperetur, totam meam Philosophiam funditus eversam fore inquiebam. At proinde inter nos, quod est notandum, non tam de quaestione an lumen feratur in instanti vel in tempore, quam de successu experimenti fuit certamen.

    Sequenti autem die, ut finirem totam controversiam et te ab inutili labore liberarem, monui nos habere aliud experimentum, jam saepe a multis hominum millibus, et quidem diligentissime attendentibus, probatum, per quod apparet manifeste nullam talem moram inter instans, quo lumen egreditur ex luminoso, et instans, quo oculum ingreditur, intercedere.

    Quod ut exponerem, petij prius nunquid putares Lunam a Sole illuminari et eclipses fieri per interpositionem Terrae inter Solem et Lunam, vel Lunae inter Solem et Terram? Quod concessisti. Petij praeterea quo pacto supponi velles lumen ab astris ad nos pervenire, et respondisti: per lineas rectas, ita ut dum Sol aspicitur, non appareat in loco in quo est revera, sed in quo fuit eo instanti, quo lumen per quod videtur ab eo prius egressum est. Petij denique ut determinares quanta esse deberet ad minimum mora ista sensibilis inter instans quo fax moveretur, et instans quo ejus motus per speculum, quarta parte milliaris distans, appareret atque hanc quidem ad minimum aequalem tempori quo semel pulsant arteriae, praecedenti die assignaveras. Sed tunc magis liberaliter quantam vellem concedebas; itaque ut appareret me nolle abuti tua concessione, non majorem vicesima quarta parte temporis quo semel pulsant arteriae, assumpsi, dixique illam, quae, te omnino concedente, in tuo experimento plane insensibilis existeret, in meo valde sensibilem evasuram. Etenim ponendo Lunam a Terra distare quinquaginta semidiametris Terrae, unam autem semidiametrum esse sexcentorum milliariorum, quod ad minimum, ut stent et Astronomia et Geometria, poni debet, si lumen vicesima quarta temporis parte, quo semel pulsant arteriae, indigeat, ad quartam partem unius milliaris bis pertranseundam, indigebit tempore quo quinquies mille vicibus pulsant, hoc est ad minimum una hora, ad spatium quod est inter Lunam et Terram, etiam bis pertranseundem, ut patet numeranti.

lijn     Atque ex his concessis ita sum argumentatus: Sit ABC linea recta et, ut possimus idem concludere sive Sol sive Terra moveatur, sit A locus in quo Sol, B in quo Terra, et C in quo Luna interdum reperiantur; ponamusque jam ex Terra B Lunam videri patientem Eclipsim in puncto C. Videri autem debet haec Eclipsis ex concessis eodem instanti praecise quo lumen emissum a Sole, dum in puncto A existebat, ad oculum ex Luna reflexum perveniret, nisi fuisset a Terra interceptum, hoc est, etiam ex concessis, una hora tardius quam lumen istud ad Terram B pertingit.

[ 227 ] [ v ]
Ac proinde neque potest videri eclipsis in C nisi una hora tardius quam Sol videatur in A, si quidem tuae concessiones sint verae, si nempe vicesima quarta parte unius pulsationis arteriae tardius videatur motus facis in speculo, quarta parte miliaris distante, quam manu sentiatur. Atqui constans et accurata omnium Astronomorum observatio, experimentis innumeris confirmata, testatur, si Luna, dum patitur eclipsim, videatur in C, ex Terra B, Solem non prius una hora, sed eodem ipso instanti videri debere in A; multoque magis sensibilis est horae tempus in loco Solis respectu Terrae et Lunae observando, quam vicesima quarta pars unius pulsationis arteriae in tuo experimento. Ergo et tuum experimentum est inutile, et meum, quod est omnium Astronomorum, longe clarius ostendit in nullo tempore sensibili lumen videri*).

    Hoc ergo argumentum demonstrationem esse inquiebam, tu vero et paralogismum et petitionem principij nominabas, sed in tua responsione satis patet utrum jure, vel potius injuriose, sic nominares. Duo enim tantum respondes, in quorum primo evidens apparet paralogismus, et in altero non est quidem petitio principij sive assumptio ejus quod erat probandum, sed (quod pejus mihi videtur) est negatio ejus quod fuerat concessum. Cum enim, excluso motu diurno, ad tarditatem motus annui recurris, in re quae a motu Lunae menstruo, plus quam duodecies annuo celeriori, tota dependet, et praeterea in re, ubi non tantum horae differentia (quod sufficere demonstraram), sed etiam differentia dimidij minuti satis commode solet observari, quis paralogismum non agnoscat? Cum autem dicis postea radios ex Sole et Luna emissos etiam inter Solem et Lunam una cum Sole et Luna circulariter moveri, ita scilicet ut videantur semper in locis ubi revera existunt, licet videantur ope luminis quod ab ipsis prius est emissum, cum alijs in locis existerent (neque enim aliter potest intelligi), negas manifeste illud ipsum quod ante concesseras, et ex quo tota illa pars meae demonstrationis, quam tibi explicaveram, dependebat.


    *)  [...] Chr. Huygens qui avait fixé l'attention sur la présente lettre à l'époque où Roemer déterminait la vitesse de la lumière (1676), objecta au raisonnement de Descartes [...] (Traité de la lumière, Leyde, 1690, p. 6). [... Cf. Oeuvres complètes, XIX, 432 en VIII, 31.]
[ 228 ] [ v ]
lijn Nec vides te in aliam ejus partem incidere quae est de Solis eclipsi. Nempe sint A Sol, C Luna, B Terra, in eadem recta linea, et juxta supputationem supra factam, ponamus lumen media hora indigere ut a Luna C ad Terram B perveniat, ut autem a Sole A, qui est viginti quatuor vicibus ad minimum Luna remotior, horis duodecim. Igitur ex tua ultima concessione, hoc instanti, quo Sol est in A, videtur ab oculis in B existentibus, nihil obstante interpositione Lunae, quae tamen interim et est in C, et ipsa etiam ibi videretur, si proprium haberet lumen. Sol enim ibi videtur ope luminis quod ex eo ante duodecim horas egressum est, et quod ante mediam horam, coelum Lunae pertransiens, ab illa non potuit impediri, quia nondum tunc illa inter Solem et Terram erat posita. Lumen autem quod nunc ab illa impeditur, non nisi post mediam horam potest ad B pervenire, ac proinde ejus etiam luminis defectus, hoc est eclipsis, non nisi media hora post hoc instans, quo Sol et Luna et Terra sunt in eadem linea recta, potest videri. Sed constat ex omnium Astronomorum experientia plane contrarium, nempe tunc fieri eclipsim, cum Sol et Luna et Terra in eadem linea recta existunt, et ea in re non modo mediae horae, sed etiam medij minuti error insensibilis non esset. Ergo, etc.

    Nec addo alia innumera, quibus hanc ultimam positionem priore adhuc magis absurdam esse ostendatur. Ut quod illa posita, semper Orientem versus, nigrum circulum in horizonte inter Terram et coelum debeamus videre, et Occidentem versus Solem et stellas infra montes, et similia. Nec peto qua vi motus iste circularis luminis, ex diversis astris simul venientis, dirigatur, ut semper celeritates inaequales syderum, ex quibus egressum est, retineat, etc. Nisi enim te, quae jam scripsi, convincant, plane insuperabilem fatebor.

    Vale.

    Amstelodami, 22 Augusti 1634.





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